Dix-sept manifestants ont été tués, hier, par les forces de l’ordre dans la banlieue de Conakry, au 13e jour d’une grève générale illimitée en Guinée, portant à 27 le nombre de morts depuis le début du mouvement, selon un nouveau bilan obtenu de source hospitalière et auprès de témoins.
La manifestation d’une foule en furie, estimée à plus de 15 000 personnes (jeunes, femmes ou enfants) a été réprimée dans plusieurs quartiers de la capitale.
«Il y a au moins une centaine de blessés. Le nombre de morts peut être estimé à onze mais ce bilan n’est pas définitif (...) les blessés continuent d’affluer», a confié à Reuters, sous couvert de l’anonymat, ce médecin de l’hôpital Donka.
Auparavant, des coups de feu avaient éclaté dans la capitale au moment où des partisans de la grève générale, observée depuis le 10 janvier pour obtenir le départ du général-président Lansana Conté, tentaient de gagner le centre-ville.
Selon des témoins, les forces de l’ordre en tenue anti-émeute ont bouclé le centre-ville pour s’opposer aux marcheurs, qui scandent des slogans comme «Nous voulons un changement», «à bas la dictature» ou «on ne laissera pas un mourant nous gérer», en référence à la santé défaillante du chef de l’Etat, 72 ans, au pouvoir depuis 1984.
Des tirs ont été entendus dans le centre ainsi qu’en quatre autres points de la capitale. Les forces de sécurité ont pris position sur le pont de l’autoroute du 8-Novembre, qui traverse l’extrémité de la péninsule où se trouve le centre-ville.
Un témoin affirme avoir aperçu quatre corps ensanglantés dans un quartier. «Les marcheurs tiennent avec eux quatre corps ensanglantés et ils disent qu’ils vont vers le centre-ville», a confié cet habitant du faubourg de Dixinn.
Les milieux diplomatiques estiment que le mouvement de grève qui paralyse le pays, dont le secteur stratégique de l’extraction de bauxite, est de loin le plus grave en termes de violences et d’importance.
«Cela semble plus sérieux qu’auparavant», note un diplomate en poste à Conakry. «Jusqu’ici, l’agitation n’avait jamais gagné le centre de la capitale.»
«D’après ce que je comprends, il y a deux mouvements de protestation: il y a des gens devant la Bourse du travail et on parle de foules déferlant des faubourgs qui tentent de gagner le centre-ville», a-t-il expliqué.
Des milliers de personnes sont sorties dans les rues de Conakry, répondant à l’appel des principales centrales syndicales qui ont lancé, il y 13 jours, une grève générale illimitée pour obtenir une baisse des denrées, des réformes politiques et la démission du président Lansana Conté, atteint de diabète, qu’elles jugent inapte à diriger le pays à cause de sa maladie.
Ce dernier, au pouvoir depuis le coup d’Etat militaire de 1984, a fait quelques concessions aux syndicalistes, qui jugent ces gestes insuffisants. Dimanche, il a invité l’armée à s’unir derrière lui.